Le langage des oiseaux – deuxième partie

bandeautitrecadre8.jpg

 

Nous reproduisons ici des extraits de travaux de recherche de deux zoologistes

- Maxwell Robinson & Jean-François Timmers 

 http://www.protectiondesoiseaux.be/content/view/39/86/

Se reconnaître dans la foule

Le Fou de Bassan qui cherche sa compagne au sein de la colonie est confronté à un gros problème. Comment retrouver et reconnaître sa partenaire au milieu d’une foule aussi compacte ou, de surcroît, les mâles et les femelles se ressemblent comme deux gouttes d’eau ? Le nid constitue un bon point de ralliement, mais comment être sûr que l’oiseau qui s’y trouve n’est pas un intrus ?

fb1.jpg

 

On a observé que les Fous réagissent toujours d’une manière ou d’une autre au cri d’atterrissage de leur conjoint. L’analyse a confirmé que ce cri contient des caractéristiques individuelles très marquées. Des oiseaux comme le Fou de Bassan n’ont pas une syrinx aussi développée que celle des passereaux. Les sons qu’ils produisent sont beaucoup plus simples et dénués de toutes les fioritures propres aux Oscines. Chez le Fou, ce sont les variations d’amplitude qui confèrent au cri son individualité.

Nombreux sont les oiseaux marins capables de s’identifier à la voix. Citons les sternes, les goélands, les guillemots, qui reconnaissent également leurs jeunes de cette manière.

La fonction territoriale

L’identification du chanteur peut être beaucoup plus précise. Le Rossignol, le Bruant des roseaux et bien d’autres reconnaissent personnellement leurs voisins.

Les mâles apprennent à se reconnaître les uns les autres au cours des duels homériques auxquels ils se livrent au moment du cantonnement. Tant que les frontières entre les territoires sont encore fragiles, les joutes vocales dégénèrent fréquemment en combats sans pitié. Lorsque chacun a assuré sa domination sur le terrain de son choix, les querelles s’apaisent petit à petit. Le chant est alors émis à des intervalles plus espacés. Il faut pourtant que tous continuent à signaler leur présence, car les voisins envahiraient instantanément un territoire qu’ils pensent inoccupé. Une fois les territoires établis, la reconnaissance des voisins évite aux oiseaux de perdre leur temps en batailles inutiles et dangereuses.

En effet, les voisins ne représentent plus une menace puisqu’ils ont leur propre domaine. Il n’en va pas de même pour un individu étranger, dont l’arrivée suscite une réponse très agressive.

Une arme dissuasive

Le chant constitue donc une première ligne de défense territoriale. Dans des conditions normales, l’arrivée du mâle en personne, les parades agressives et, si nécessaire, une attaque réelle viennent renforcer ces effets dissuasifs.

L’effet Beau Geste

Certaines espèces possèdent un répertoire de plusieurs types de chant, caractérisés par un ordre constant des notes et des phrases. C’est la cas de la Mésange charbonnière. Chaque individu dispose d’un répertoire de deux à six types différents. En quoi un répertoire est-il une meilleure barrière contre les intrusions qu’un seul chant ? Krebs, chercheur américain, pense qu’il s’agit là d’une habile manœuvre d’intoxication. La Mésange, en chantant de plusieurs façons différentes, tenterait de faire croire aux maraudeurs en mal de territoire qu’il y a chez elle autant d’individus que de types de chant. De cette manière, l’intrus est amené à surestimer le nombre de rivaux qu’il lui faudra affronter. Il préfèrera sans doute chercher ailleurs un sous-bois plus facile à conquérir.

mc.jpg

Le contrechant

Lorsque deux Merles se rencontrent à la limite de leurs territoires respectifs, il arrive qu’ils se livrent à une véritable joute oratoire. Le premier à s’exprimer lancera une tirade simple pour débuter, comme pour tester les réactions de son adversaire. Le second répondra en imitant le chant du premier, tout en y rajoutant quelques notes de son cru. Le premier reprend le nouveau motif en l’allongeant encore un peu, et ainsi de suite jusqu’à ce que les deux opposants se mettent à chanter en même temps de manière frénétique.

mn.jpg

 

Ces joutes vocales sont appelées contrechant. On pense qu’il s’agit pour les chanteurs de bien préciser à qui ils s’adressent. Quelqu’un qui est capable de siffler… comme un Merle peut lui-même dialoguer avec cet oiseau !

La fonction sexuelle

Séduire une femelle est la seconde des deux grandes fonctions du chant. Chez certaines espèces, le rôle territorial peut d’ailleurs être minime. Tout dépend des conditions écologiques et sociales dans lesquelles elles vivent.

pj.jpg

Le Phragmite des joncs, qui ne défend qu’un territoire minuscule autour du nid, est en revanche un séducteur hors pair. Il puise dans un large répertoire de notes les figures qui lui permettent d’improviser sans cesse les combinaisons les plus variées. A vrai dire, le Phragmite ne chante jamais deux fois la même chanson! Ses talents de compositeur lui donnent un ramage qui, s’il était plumage, ne pourrait être comparé qu’à la queue somptueuse du Paon. S’il se donne tant de peine, c’est parce que les femelles le jugeront sur ses qualités d’interprète. Ce sont les mâles qui ont le répertoire le plus étendu et le chant le plus varié qui s’apparient les premiers. Ils ont donc plus de chance que les autres de réussir leur saison de reproduction. Le Phragmite cesse de chanter sitôt qu’il a trouvé une compagne, ce qui semble prouver que ses vocalises ont une vocation essentiellement sexuelle. Si, d’aventure, sa partenaire l’abandonne, il se remet à chanter comme avant.

 

 

 

 

schmarcapitulatifdesfonctionsduchant.jpg

Travaux d’études coordonnés par Laurent Dabouineau 


Archives pour la catégorie 08 – Langage et oiseau2

Le langage des oiseaux – deuxième partie

bandeautitrecadre8.jpg

 

Nous reproduisons ici des extraits de travaux de recherche de deux zoologistes

- Maxwell Robinson & Jean-François Timmers 

 http://www.protectiondesoiseaux.be/content/view/39/86/

Se reconnaître dans la foule

Le Fou de Bassan qui cherche sa compagne au sein de la colonie est confronté à un gros problème. Comment retrouver et reconnaître sa partenaire au milieu d’une foule aussi compacte ou, de surcroît, les mâles et les femelles se ressemblent comme deux gouttes d’eau ? Le nid constitue un bon point de ralliement, mais comment être sûr que l’oiseau qui s’y trouve n’est pas un intrus ?

fb1.jpg

 

On a observé que les Fous réagissent toujours d’une manière ou d’une autre au cri d’atterrissage de leur conjoint. L’analyse a confirmé que ce cri contient des caractéristiques individuelles très marquées. Des oiseaux comme le Fou de Bassan n’ont pas une syrinx aussi développée que celle des passereaux. Les sons qu’ils produisent sont beaucoup plus simples et dénués de toutes les fioritures propres aux Oscines. Chez le Fou, ce sont les variations d’amplitude qui confèrent au cri son individualité.

Nombreux sont les oiseaux marins capables de s’identifier à la voix. Citons les sternes, les goélands, les guillemots, qui reconnaissent également leurs jeunes de cette manière.

La fonction territoriale

L’identification du chanteur peut être beaucoup plus précise. Le Rossignol, le Bruant des roseaux et bien d’autres reconnaissent personnellement leurs voisins.

Les mâles apprennent à se reconnaître les uns les autres au cours des duels homériques auxquels ils se livrent au moment du cantonnement. Tant que les frontières entre les territoires sont encore fragiles, les joutes vocales dégénèrent fréquemment en combats sans pitié. Lorsque chacun a assuré sa domination sur le terrain de son choix, les querelles s’apaisent petit à petit. Le chant est alors émis à des intervalles plus espacés. Il faut pourtant que tous continuent à signaler leur présence, car les voisins envahiraient instantanément un territoire qu’ils pensent inoccupé. Une fois les territoires établis, la reconnaissance des voisins évite aux oiseaux de perdre leur temps en batailles inutiles et dangereuses.

En effet, les voisins ne représentent plus une menace puisqu’ils ont leur propre domaine. Il n’en va pas de même pour un individu étranger, dont l’arrivée suscite une réponse très agressive.

Une arme dissuasive

Le chant constitue donc une première ligne de défense territoriale. Dans des conditions normales, l’arrivée du mâle en personne, les parades agressives et, si nécessaire, une attaque réelle viennent renforcer ces effets dissuasifs.

L’effet Beau Geste

Certaines espèces possèdent un répertoire de plusieurs types de chant, caractérisés par un ordre constant des notes et des phrases. C’est la cas de la Mésange charbonnière. Chaque individu dispose d’un répertoire de deux à six types différents. En quoi un répertoire est-il une meilleure barrière contre les intrusions qu’un seul chant ? Krebs, chercheur américain, pense qu’il s’agit là d’une habile manœuvre d’intoxication. La Mésange, en chantant de plusieurs façons différentes, tenterait de faire croire aux maraudeurs en mal de territoire qu’il y a chez elle autant d’individus que de types de chant. De cette manière, l’intrus est amené à surestimer le nombre de rivaux qu’il lui faudra affronter. Il préfèrera sans doute chercher ailleurs un sous-bois plus facile à conquérir.

mc.jpg

Le contrechant

Lorsque deux Merles se rencontrent à la limite de leurs territoires respectifs, il arrive qu’ils se livrent à une véritable joute oratoire. Le premier à s’exprimer lancera une tirade simple pour débuter, comme pour tester les réactions de son adversaire. Le second répondra en imitant le chant du premier, tout en y rajoutant quelques notes de son cru. Le premier reprend le nouveau motif en l’allongeant encore un peu, et ainsi de suite jusqu’à ce que les deux opposants se mettent à chanter en même temps de manière frénétique.

mn.jpg

 

Ces joutes vocales sont appelées contrechant. On pense qu’il s’agit pour les chanteurs de bien préciser à qui ils s’adressent. Quelqu’un qui est capable de siffler… comme un Merle peut lui-même dialoguer avec cet oiseau !

La fonction sexuelle

Séduire une femelle est la seconde des deux grandes fonctions du chant. Chez certaines espèces, le rôle territorial peut d’ailleurs être minime. Tout dépend des conditions écologiques et sociales dans lesquelles elles vivent.

pj.jpg

Le Phragmite des joncs, qui ne défend qu’un territoire minuscule autour du nid, est en revanche un séducteur hors pair. Il puise dans un large répertoire de notes les figures qui lui permettent d’improviser sans cesse les combinaisons les plus variées. A vrai dire, le Phragmite ne chante jamais deux fois la même chanson! Ses talents de compositeur lui donnent un ramage qui, s’il était plumage, ne pourrait être comparé qu’à la queue somptueuse du Paon. S’il se donne tant de peine, c’est parce que les femelles le jugeront sur ses qualités d’interprète. Ce sont les mâles qui ont le répertoire le plus étendu et le chant le plus varié qui s’apparient les premiers. Ils ont donc plus de chance que les autres de réussir leur saison de reproduction. Le Phragmite cesse de chanter sitôt qu’il a trouvé une compagne, ce qui semble prouver que ses vocalises ont une vocation essentiellement sexuelle. Si, d’aventure, sa partenaire l’abandonne, il se remet à chanter comme avant.

 

 

 

 

schmarcapitulatifdesfonctionsduchant.jpg

Travaux d’études coordonnés par Laurent Dabouineau 

Recyclage |
un été à Montréal |
belkaceminouredine |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Linéaire B, les nouvelles i...
| thales09
| dinos